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En revanche,
Quand Sarkozy place l’Etat-nation au-dessus de la
République (« Vive la République et par
dessus tout, vive la France !" a-t-il clamé, en
conclusion de son allocution du 23 avril), il glisse insidieusement
sur une piste savonneuse, comme
l’analyse Dedalus (http://sarkononmerci.fr/files/category-13.html
) : « Rappelons qu’une
république est une forme de gouvernement d’un
État ou d’un pays dont la souveraineté est
détenue par le consentement populaire et dans lequel le chef
d’État est élu par le peuple. Rappelons aussi
que la République française est le nom officiel de la
France, de son État et de son régime politique. Elle
est l’héritage de la révolution
française depuis la proclamation de la première
République en 1792. Rappelons enfin que [la
République française fut plusieurs fois
renversée [entre autres par Napoléon Ier,
Napoléon III, et sous le régime de Vichy)]. En
plaçant la France en tant que telle au-dessus de la
République, Sarkozy ne peut mieux laisser entendre que
d’avantage que président de la République, il
aspire avant tout à devenir chef de l’État -
monarque, empereur ou petit père de la Nation, cela reste
encore à voir, mais […] l’évidence est
qu’il existe un faisceau de présomptions dont chacune
recèle en elle-même le risque d’une
dérive vers une forme de dictature. Et si le pire
n’est jamais certain, l’Histoire mondiale est là
pour rappeler à nos mémoires qu’il est des
risques qu’un peuple ne devrait jamais prendre. Le 6 mai,
quoi qu’on en dise, c’est aussi de cela qu’il
s’agit et les Français, quelles que soient par
ailleurs leurs inclinations politiques, auraient grand tort de
balayer d’un revers de main les doutes que l’on peut
raisonnablement nourrir quant à la capacité de
Nicolas Sarkozy à être le garant inflexible de nos
institutions républicaines et
démocratiques. »
Ces
risques-là, de nombreux journaux étrangers osent les
évoquer. C’est un euphémisme de dire que la
presse française est plus frileuse ! Beaucoup,
pourtant, ont téléphoné à
Marianne pour remercier l’hebdomadaire d’avoir
eu le courage de lever le masque.
« Soucieux de gommer sa réputation
d'atlantisme, le candidat de l'UMP a mis la question nationale au
coeur de ses discours dès le printemps
2006. » analyse Eric Dupin dans Le Figaro
du 30 mars 2007.
Le
22 juin 2006, à Agen, il évoque
déjà « l'identité
française ». Le 8 mars dernier, sur
France 2, Sarkozy avance l’idée de créer un
« ministère de l'Immigration et de
l'Identité nationale ». Curieuses alliances
de mots : La France est un pays d’immigration, on voit
donc mal l’intérêt de séparer ce mot du
« national », sauf à vouloir
« discrimin[er] » en fonction de
l’origine, fut-ce
« positive[ment] ».
De plus, le terme « identité » est
ici incongru : L’identité, si l’on en croit
Petit Robert (un ami très serviable quand on souffre de
lacunes lexicales), signifie étymologiquement
« le même », c’est le
« caractère de ce qui est identique »
voire « de ce qui est un » ; la
« pièce d’identité » est
« la pièce officielle prouvant
l’identité d’une personne ». On voit
que l’on est loin des valeurs autour desquelles se
rassemblent les citoyens, mais dans la valorisation de la
ressemblance, antinomique de notre
République !
Pour
défendre son nouveau ministère, Nicolas Sarkozy
l’a prétendu avec aplomb au JT de TF1 le 14 mars puis
à France-Europe-express le 18 mars :
« J’avoue que j’ai
r’gardé euh… tous les pays européens ont
un ministère de l’Immigration ». Maja
Neskovic a enquêté pour Arrêt sur
images : Sur les 15 pays d’avant
l’élargissement, 8 pays ont un ministère, un
secrétariat d’État ou un département
avec « immigration » dans
l’intitulé, mais avec une philosophie très
différente, puisqu’il s’agit d’y apporter
un traitement social, 6 n’ont rien de tel et 1 seul, outre
Manche, aurait quelque chose qui se rapproche un peu de ce que veut
créer M. Sarkozy, avec, au sein du ministère de
l’Intérieur, un ministre délégué
chargé des questions de nationalité, de
citoyenneté et de l’immigration.
Alors
quoi ? Encore des sarkonneries ?
Bien
sûr, on pourra aussi trouver du souffle dans les discours de
M. Sarkozy (hors les longs passages où il raconte sa vie de
"souffrance" et ceux où il oppose les Français
les uns aux autres), on y trouvera même des allusions
à Jean Jaurès (le fondateur du quotidien
L'Humanité, qui pourtant ne supportait pas que la
République soit aux mains de députés et
ministres capitalistes pour
qui la finance et l'industrie priment sur le respect des
personnes ; qui donna la priorité à
l'unité socialiste ; assassiné par un
nationaliste, parce qu’il était pacifiste, à la
veille de la Première guerre mondiale) et à
Léon Blum (celui qui, à la tête du Front
Populaire, a réduit le temps de travail,
créé les congés payés, augmenté
les salaires et mis la négociation au coeur des
entreprises). L'on pourrait donc conseiller à Nicolas
Sarkozy de passer moins de temps à la mise en scène
et davantage à comprendre ce que M. Guaino met dans sa
bouche (lui, il ne fait que son travail : on lui a dit qu'il
fallait mettre en adéquation les discours de son champion et
son nouveau slogan "J'ai changé", il a donc poussé
à babord toute, au risque de faire chavirer l'embarcation
!)
Cependant,
les mots seuls ne disent pas tout. Il faut les mettre en regard
avec d’autres mots (en particulier les plus
spontanés), et surtout avec les
actes !
Et là,
ça ne colle pas : le vernis se craquelle, l’image
séduisante lissée par la télé, laisse
place à un personnage plus
glaçant…
Quant
à parler de la nation française... encore faut-il
voir ce que l'on met derrière : Un blogueur qui signe
"François Mitterrand" (http://francoismitterrand2007.hautetfort.com/archive/2007/03/29/doite-et-information-nation-sarkozy-et-mariage.html)
le rappelle, « La Nation
n’est [...] pas un assemblage de
communautés, de corporatismes, de clientèles à
qui l’Etat octroie des droits à raison de leur
particularisme tout en déniant ces mêmes droits
à autrui. La Nation ne divise pas, elle rassemble. Sans
exception. C’est dans ce sens qu’il faut entendre
Jaurès lorsqu’il disait que la Nation,
« c’est le dernier bien des
pauvres ».
Ainsi, quand Ségolène Royal
parle de la nation, elle prend cette notion au sens de
"peuple" ("Groupe humain,
généralement assez vaste, qui se caractérise
par la conscience de son unité et la volonté de vivre
en commun", sens 2 du Petit Robert), alors
que Sarkoléon l'entend au sens d'"Etat" ("Groupe
humain constituant une communauté politique, [...] et
personnifiée par une autorité souveraine" sens 3)
! Derrière ces deux acceptions sémantiques
se cachent deux conceptions de la politique et par
delà, deux visions pour la France !
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