J'ai regardé hier soir sur arte "La Chose", d'Heike Mouzenck, qui m'a bouleversée. Non que j'aie découvert par ce documentaire l'abomination dont il était question -l'excision, pudiquement nommée "MGF" (mutilations génitales féminines)- mais je n'avais pas réalisé l'ampleur de l'horreur.
Suivait un débat avec Ayaan Hirsi Ali (née en Somalie et excisée, aujourd'hui députée néerlandaise). Elle témoigne de l'importance de ce rite, grâce auquel on devient femme, on est acceptée et reconnue dans la communauté. L'excision est un sujet tabou et les petites filles ne savent pas exactement ce qui les attend. On leur fait miroiter une grande fête et beaucoup de cadeaux et elles attendent avec impatience le jour de leur excision. Même si l'on ignore l'origine de cette millénaire mutilation rituelle, elle clame que cette tradition est surtout, aujourd'hui, un moyen de garantir la virginité. On ose aussi qualifier cet acte dégoûtant de"purification" (Les femmes non excisées sont considérées comme impures et incapables de maîtriser leurs pulsions sexuelles). D'après elle, il faudra donc d'abord abandonner le dogme de la virginité pour totalement éradiquer ce fléau et elle propose même d'organiser une grande conférence sur la virginité et la sexualité.
Le premier documentaire de ce Théma (que je n'ai pas vu) rappelait que cette pratique barbare -pratiquée dans 28 pays africains de la région sub-saharienne ainsi que dans la partie nord-est de l'Afrique et de façon sporadique dans certains pays du Moyen-Orient, en Inde et au Sri Lanka- s'est répandue en Europe. La seconde invitée était Linda Weil-Curiel, une avocate qui combat l'excision en Europe tout en participant à la prévention, en particulier en France), où, se félicite-t-elle, aucune loi spéciale n'a été créée, le code pénal suffisant à condamner exciseuses et parents (la France est le seul pays d'Europe où l'excision a déjà donné lieu à plus de 20 procès mais l'on estime à plus de 30 000 le nombre de victimes). Le Royaume Uni, au contraire, a choisi la voie législative, mais l'application de la loi est impossible, empêchée par des communautés qui revendiquent le droit à ne pas être stigmatisées ; Cette loi ne sert à rien.
Certains avancent donc l'argument de leur spécificité culturelle pour perpétuer cette abomination, mais Ayaan Hirsi Ali est catégorique : ce n'est qu'un fallacieux prétexte pour assujettir les femmes et contrôler leur sexualité (qui peut en douter ?).
Avant de voir ce reportage, j'étais déjà révulsée par cette abomination, mais c'est encore pire que ce que j'imaginais : Certains vont jusqu'à l'infibulation (ou excision pharaonique) qui consiste à tout couper puis fermer le vagin, en ligaturant la vulve, de façon à ne laisser qu'un minuscule orifice pour l'écoulement des urines et du sang menstruel. (Certains maris, lors de la nuit de noces, rouvrent la fente au couteau ! Beaucoup de femmes n'y survivent pas.)
Le film montrait une petite fille hébétée, rendue muette par le choc, ses grands yeux écarquillés d'incompréhension. Beaucoup décèdent des suites du choc, de la douleur insoutenable ou d'une hémorragie. Ensuite, ce n'est pas seulement une privation de plaisir, mais encore de terribles souffrances leur vie durant, notamment durant les rapports sexuels et les accouchements (lors desquels mères et enfants meurent fréquemment). On a même vu un tout petit bébé subir l'intervention, car les petites filles étant de plus en plus nombreuses à se rebeller, on la pratique de plus en plus jeune.
On estime à 130 millions le nombre de fillettes et de femmes, à travers le monde, qui ont subi une MGF et au moins 2 millions par an sont encore menacées du même odieux traitement.
De plus en plus de femmes et d'hommes africains et occidentaux se mobilisent pour lutter contre ce rite sanglant.
Une petite vidéo :
http://www.stopexcision.net/video_play_fr.html










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