Manifestations,
émeutes, appels au meurtre, assassinats, … Le monde
musulman est à feu et à sang !
Pourquoi ?
Les
Danois ont déclenché la guerre, pensez ! Le
Jyllands-Posten (journal danois), suite à
l’autocensure qui règne au Danemark depuis
l’assassinat du cinéaste Théo Van Gogh par un
islamiste (cf l’affaire des illustrations d’un album
pour enfants sur la vie de Muhammed ou Mahomet), et en
réponse aux nombreuses caricatures de journaux arabes
remettant en cause l’Holocauste et s’en prenant au
régime israélien et au Talmud dans des dessins dignes
du Stürmer (Journal allemand des années trente),
a commandé à douze dessinateurs de dessiner ce que
leur inspirait la figure du Prophète Muhammed, et ils
l’ont fait, les bougres !
L’affaire
date du 30 septembre et aurait pu en rester là, si des
intégristes danois n’avaient fait la tournée
des pays islamiques ou islamisés (du Maroc au Pakistan),
caricatures à la main, pour jeter de l’huile sur des
braises déjà incandescentes, (Le Canard
enchaîné fait dire à un islamiste
caricaturé : « Sur le plan religieux, les
dessins me scandalisent ; sur le plan politique, ils font mon
bonheur », car d’aucuns tentent d’embrigader
les Musulmans de France et souhaitent une Troisième Guerre
mondiale, sur fond de religions, comme le Président du parti
islamiste algérien qui a déclaré :
« Il faut en profiter pour propager notre
religion »). Jugeant sans doute les dessins
insuffisamment choquants, ils en ont même ajouté de
leur propre cru et y ont joint la photographie d’un
participant barbu au concours du cri du cochon (si, ça
existe ! l’organisatrice a d’ailleurs
témoigné chez Jean-Jacques Bourdin) censé
être une caricature du prophète.
Le
CFCM, le MRAP, et d’autres ont porté plainte. Si je
les félicite d’avoir choisi la voie juridique
plutôt qu’insurrectionnelle, je ne les soutiens
guère dans cette démarche, pour plusieurs
raisons :
-
D’abord,
il y a en France un vide juridique qui empêche de porter
plainte pour blasphème (ce qui aurait en revanche
été possible au Danemark), vide qui a conduit Mouloud
Aounit à porter plainte pour incitation à la haine
raciale. J’ignorais que les Musulmans étaient une race
(déjà que les scientifiques s’accordent
à dire que ce concept n’existe pas …). Il me
semble contre productif d’évoquer à tout propos
le racisme.
-
Ensuite,
et cela me semble bien plus grave, j’aurais aimé que
les Musulmans soient plus virulents contre les islamistes qui
instrumentalisent l’islam en prétendant commettre
meurtres et attentats au nom du prophète (c’est
d’ailleurs ce que dénonce la caricature qui a le plus
choqué : le turban du prophète est une bombe
portant la déclaration de foi de tout musulman, ce qui
illustre la vision de l’islam imposée par les
extrémistes, pas celle des caricaturistes). Ce sont ces
intégristes qui créent l’amalgame, les
intellectuels musulmans le disent, qui parlent de
« maladie de l’islam ». Musulmans
modérés, criez avec force que vous refusez cette
lecture du Coran qu’imposent les extrémistes. Vous
battre à leur côté accrédite leur
interprétation malsaine et conduit forcément à
l’amalgame. Lorsque des drapeaux et des ambassades sont
brûlés, lorsque des hommes sont tués, personne
ne peut plus se battre contre las auteurs de simples
caricatures !
-
Enfin,
Mouloud Aounit est d’origine kabyle, et j’aurais
aimé que ce descendant d’un peuple opprimé dans
son propre pays, massacré parce qu’il revendique
justement la liberté d’expression, en soit
lui-même un fervent défenseur. Ce Monsieur serait plus
crédible dans son combat « contre le racisme et
pour l’amitié entre les peuples »,
s’il ne se rangeait pas aux côtés de ceux qui se
battent, pour reprendre le jeu de mots du
« Canard » pour le respect de la
« liberté d’oppression » (Tiens,
j’apprends à l’instant que deux journalistes
algériens ont été arrêtés pour
avoir eux aussi publié les caricatures. Pour quel
motif ? le racisme ?).
Au
début de l’affaire, je m’accordais à
dire, comme mon compagnon qui est de culture musulmane, que ce
n’était vraiment pas le moment d’attiser le feu,
vu le contexte actuel.
Aujourd’hui,
je souscris à l’appel de Max Gallo à
« ne rien abandonner à la politique de
l’apaisement » car la liberté
d’expression fonde notre société et l’on
voit bien comment certains tentent d’avoir une mainmise sur
elle, demandant que l’on retire des lois (déjà
lors de l’affaire du voile), que l’État
présente des excuses au nom d’un journal (alors que
nos Républiques sont fondées sur la séparation
des pouvoirs), … Jusqu’où iront-ils si on leur
prête allégeance ?
Céder
un pouce de cette liberté d’expression serait
perçu comme une première victoire par ces gens
haineux qui souhaitent une scission entre les mondes occidental et
musulman, ce que prouvent le fait que ce sont des imams
extrémistes danois qui ont propagé la soi-disant
agression et l’offre d’un chef taliban de dix kilos
d’or à celui qui tuerait un journaliste
danois.
La
laïcité est une des conquêtes essentielles de la
France. Elle s’est construite après des combats
extrêmement violents. Max Gallo rappelle à juste titre
que nous, Français, revenons de loin, en citant cet
exemple : Vingt-trois ans avant la Révolution
française, le Chevalier de la Barre, pour avoir
été faussement accusé de ne pas
s’être découvert sur le passage d’une
procession à Abbeville et avoir griffé
une statue du Christ fut torturé et brûlé en
même temps que Le Dictionnaire philosophique de
Voltaire. C’est entre autres parce que nous avons
gagné cette liberté d’expression que la France
est un pays d’accueil pour tous ceux qui sont
menacés.
Samedi
11 février 2006, des milliers de personnes ont
manifesté pour défendre le respect des religions.
Pourtant la critique de la religion est nécessaire à
la démocratie.
Je
soutiens donc la démarche de Charlie Hebdo qui publie
ces douze caricatures assorties d’un appareil critique car il
ne s’agit pas de provocation mais de défense de la
liberté de la presse (ô combien fondamentale) :
C’est le limogeage du Directeur de la publication de
France soir, Jacques Lefranc, par le propriétaire,
Raymond Lakah, homme d’affaire franco-égyptien
chrétien (en n’agissant pas, il s’exposait sans
doute à des représailles contre sa famille) qui les a
poussés à s'engager. Vous me direz que les pressions
sur les médias sont légion, aujourd’hui que la
plupart d’entre eux appartiennent à de grands groupes
financiers ; c’est vrai, et Charlie
–un des rares journaux indépendants avec Le Canard
enchaîné - dénonce toute pression, il
ne peut donc être soupçonné de parti pris dans
cette affaire.
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